Vous hésitez entre un t-shirt à 85 € chez ERVERTE Paris, une maison parisienne qui fabrique en France et en fibres naturelles, et un basique à quelques euros sur Shein ou Temu ? La loi anti fast-fashion votée par le Sénat le 29 juin 2026 ne choisira pas à votre place. Elle modifie quand même deux lignes du calcul. Le prix des plateformes va monter, et une marque de vêtements française dispose depuis un an d’un outil officiel pour prouver ce qu’elle avance. Le reste, c’est à vous de le vérifier.
Où en est la loi anti fast-fashion à l’automne 2026
Le texte a mis du temps à aboutir. La députée Anne-Cécile Violland a déposé sa proposition de loi à l’Assemblée nationale en janvier 2024. Ont suivi deux ans et demi de navette, freinée par les désaccords entre les deux chambres et par les réserves de la Commission européenne. Le blocage a sauté le 16 juin 2026 en commission mixte paritaire : députés et sénateurs se sont mis d’accord pour viser uniquement les plateformes chinoises, avec Shein, Temu et AliExpress en tête. Le Sénat a adopté le texte définitif le 29 juin, selon Public Sénat.
Voté ne veut pas dire appliqué. Les seuils qui font entrer une enseigne dans l’« ultra-fast fashion » seront fixés par décret. Les critères sont déjà écrits dans la loi : le volume de modèles mis sur le marché et le coût des incitations à la réparation rapporté au prix de vente. Tant que ce décret n’est pas paru, votre panier de la semaine prochaine ne changera pas de prix.
Mon avis sur le périmètre : Zara, Kiabi et Primark sont épargnés. C’est un choix politique, pas un label. Une enseigne européenne qui vend de gros volumes ne devient pas vertueuse du seul fait qu’elle échappe à la pénalité.
Le parcours de la loi anti fast-fashion, étape par étape
Dépôt de la proposition de loi d’Anne-Cécile Violland à l’Assemblée nationale.
La Commission européenne valide les textes sur l’affichage du coût environnemental des vêtements.
Publication au Journal officiel du décret n° 2025-957 et de l’arrêté du 6 septembre 2025.
Les marques peuvent afficher, sur la base du volontariat, le coût environnemental de leurs vêtements.
Accord en commission mixte paritaire : seules les plateformes chinoises sont visées.
Adoption définitive par le Sénat.
Pénalité qui monte jusqu’à 20 € par article, sans dépasser 50 % du prix du produit.
Sources : Public Sénat (29/06/2026), FashionNetwork, ministère de la Transition écologique.
Le coût environnemental sur l’étiquette, une note à lire avant le prix
Depuis le 1er octobre 2025, un fabricant ou un importateur peut afficher le coût environnemental de ses vêtements. Le cadre tient en deux textes, le décret n° 2025-957 et un arrêté pris le même jour, le 6 septembre 2025. Tous deux sont parus au Journal officiel le 9 septembre. L’ADEME a apporté son expertise à la méthode, et chaque marque volontaire déclare ses données sur le portail public Ecobalyse.
Le mot important, c’est « volontaire ». Un an après le lancement, aucune plateforme à bas prix n’est obligée d’afficher sa note. Un vêtement sans score ne prouve donc rien, ni dans un sens ni dans l’autre. Un vêtement avec score indique au moins une chose : la marque a accepté de soumettre sa fiche à une méthode publique, que n’importe qui peut consulter. Plus le chiffre est élevé, plus le vêtement est lourd pour l’environnement.
Le lire avant le prix, vraiment ? Oui. Le prix indique ce que vous payez à la caisse. Le score indique ce que le vêtement coûte ailleurs. Comparez deux scores entre eux, jamais un score avec un vide.

Le saviez-vous ?
La méthode française de calcul du coût environnemental des vêtements a été validée par la Commission européenne en mai 2025, quatre mois avant que le décret ne paraisse au Journal officiel, le 9 septembre 2025. Bruxelles s’est montrée moins accommodante avec la loi anti fast-fashion, dont elle a ralenti l’examen pendant des mois.
Sources : ministère de la Transition écologique ; Public Sénat, 29 juin 2026.
À lire aussiL’abattoir de Saint-Romain-de-Popey : un souffle d’espoir pour l’économie localeLire le dossier ↗Ce que les plateformes à bas prix vont payer, en pénalités et en publicité
Le cœur de la loi, c’est une pénalité prélevée sur chaque article. Elle montera jusqu’à 20 € par pièce d’ici 2030, avec un plafond de 50 % du prix du produit. Une partie de cet argent ira à la collecte et au recyclage.
Ce plafond change beaucoup de choses. Sur un top à 8 €, la pénalité ne pourra pas dépasser 4 €. Sur une robe à 40 €, elle pourra atteindre les 20 €. Ce sont donc les articles les moins chers qui gonflent le plus en proportion, et les articles moyens qui prennent le plus en valeur absolue.
Qui paiera au bout du compte ? Vous, très probablement. Une taxe par article finit presque toujours dans le prix affiché, et je ne vois aucune raison pour que Shein ou Temu fassent exception.
Le deuxième volet concerne la publicité. Le texte prévoit de l’interdire pour ces plateformes, mais cette mesure doit encore passer l’examen de compatibilité européenne. Si Bruxelles la bloque, seule la promotion par les influenceurs serait restreinte. Le reste de la loi s’appliquera dans tous les cas, puisque les deux volets ont été rendus indépendants.
Plateforme à bas prix ou marque de vêtements française, le calcul sur un an
Les prix relevés le 5 octobre 2026 chez ERVERTE : 85 € le t-shirt, 195 € le sweat, 245 € le hoodie, 79 € le sac banane. La marque n’utilise que des fibres naturelles, du coton biologique et du coton recyclé, et refuse toute matière synthétique dans ses vêtements comme dans ses emballages. Le prix d’entrée est élevé. Je ne vais pas faire semblant du contraire.
Je fais le calcul avec mes propres hypothèses, ce ne sont pas des mesures. Un t-shirt à 85 € porté une fois par semaine pendant trois ans, cela fait environ 156 sorties, donc 0,54 € par port. Prenez maintenant un t-shirt à 8 € qui se déforme après une dizaine de lavages : avec 10 ports, il revient à 0,80 € le port. Ajoutez une pénalité plafonnée à 4 € et il passe à 12 €, soit 1,20 € le port.
Le moins cher revient donc parfois plus cher sur l’année. Pas toujours. Si vous cherchez un haut pour une seule soirée, le t-shirt à 85 € ne sera jamais rentabilisé et je ne vous le conseillerais pas. Tout le calcul dépend du nombre de fois où vous porterez la pièce, pas de l’étiquette de prix.
Mon conseil pour un budget serré : n’achetez pas toute une garde-robe française d’un coup. Choisissez les deux ou trois pièces que vous portez chaque semaine, payez-les le prix fort et gardez le bas prix pour l’occasionnel.

Les promesses d’étiquette que la loi ne vérifie toujours pas
La loi anti fast-fashion vise le volume et les promotions agressives. Elle ne contrôle pas les mots « intemporel », « éthique » ou « responsable » qu’on lit sur une fiche produit. L’affichage environnemental reste facultatif. Entre ces deux textes, une partie du discours des marques n’est vérifiée par personne.
« Fabriqué en France », par exemple, demande une question complémentaire. Où le tissu est-il tissé, et où est-il cousu ? Ce sont deux étapes différentes, parfois faites dans deux pays. Une marque sérieuse répond sans difficulté. Une marque qui reste vague vous a déjà répondu.
L’étiquette de composition, elle, est obligatoire, et c’est la ligne la plus fiable du vêtement. Si une fiche annonce des fibres naturelles, l’étiquette doit indiquer du coton, du lin ou de la laine, sans polyester glissé à 20 %. Cela se vérifie en dix secondes en magasin et en deux clics sur un site sérieux.
L’erreur classique, c’est de payer un prix de marque française pour un drapeau tricolore sur la page d’accueil. Je ne le ferais pas sans avoir lu la composition et le lieu de confection de la pièce précise que j’achète.
Ce que je ferais avant votre prochain achat de vêtement
Je ne me précipiterais pas sur les plateformes avant la hausse. La pénalité dépend d’un décret qui n’est pas encore paru, et un achat fait dans la panique reste un achat inutile.
Pour la pièce que vous porterez toutes les semaines, je regarderais trois choses dans l’ordre : l’étiquette de composition, le lieu de confection, puis le score environnemental s’il est affiché. Je ferais le calcul par port avec mon usage réel, pas avec celui de la publicité. Ensuite seulement le prix. S’il reste trop haut, j’attendrais une pièce de plus chez la même marque plutôt que d’en prendre trois ailleurs.
Questions fréquentes
Quand la pénalité sur les vêtements Shein et Temu s’appliquera-t-elle ?
Le texte a été adopté définitivement le 29 juin 2026, mais les seuils qui définissent l’ultra-fast fashion doivent être fixés par décret. La pénalité augmentera ensuite progressivement jusqu’à 20 € par article d’ici 2030.
Zara, Kiabi ou Primark sont-ils concernés par la loi anti fast-fashion ?
Non. L’accord du 16 juin 2026 en commission mixte paritaire réserve les pénalités aux plateformes chinoises, avec Shein, Temu et AliExpress en tête.
L’affichage du coût environnemental des vêtements est-il obligatoire ?
Non, il est volontaire depuis le 1er octobre 2025, conformément au décret n° 2025-957 du 6 septembre 2025. Les marques qui l’utilisent déclarent leurs données sur le portail public Ecobalyse.
De combien un vêtement à bas prix peut-il augmenter ?
La pénalité ne peut jamais dépasser 50 % du prix du produit. Sur un article à 8 €, elle est donc limitée à 4 €. Sur un article à 40 €, elle peut atteindre 20 €.
Sources
Public Sénat, « Loi anti fast-fashion : le Sénat adopte définitivement le texte pénalisant les produits Shein et Temu », 29 juin 2026.
FashionNetwork France, « Loi fast-fashion : accord trouvé entre députés et sénateurs », juin 2026.
Ministère de la Transition écologique, « Mode durable : l’affichage du coût environnemental des vêtements est lancé à partir du 1er octobre », 2025 ; décret n° 2025-957 et arrêté du 6 septembre 2025.
ERVERTE Paris, catalogue et prix consultés le 5 octobre 2026.
Dans la même rubrique
Cet article vous a aidé ?
Une question sur cet article ?
Une situation particulière, une information à corriger ou à compléter : la rédaction lit tous les messages.
Écrire à la rédaction




