Ces salles de sport qui ouvrent des créneaux réservés aux femmes

Créneaux et espaces réservés aux femmes en salle de sport : ce qui existe déjà à Caen, Alençon ou Lyon, ce que dit la loi, et ce que montrent les chiffres 2025.

Ces salles de sport qui ouvrent des créneaux réservés aux femmes
Photo Andrea Piacquadio / Pexels

Selon une étude Insee de 2017, portant sur des données 2015, 45 % des femmes françaises de 16 ans ou plus déclaraient une pratique physique ou sportive dans l’année, contre 50 % des hommes. Dans certaines salles, une partie des adhérentes ne veut d’ailleurs tout simplement plus d’hommes dans les salles de sport au moment de leur séance, et plusieurs établissements commencent à répondre à cette demande par des créneaux ou des espaces dédiés. Voici ce qui existe déjà dans plusieurs villes, ce qui n’avance pas en ligne droite, et ce qu’encadre la loi.

Les chiffres et les règles à retenir

  • 46 % des femmes interrogées se disent favorables à des espaces exclusivement féminins, selon un sondage Flashs réalisé à la demande de L’Orange Bleue (août 2025).
  • Des créneaux ou espaces dédiés existent déjà dans plusieurs villes (Caen, Alençon, Petit-Quevilly, Lyon), mais le secteur connaît aussi des fermetures — ce n’est pas un mouvement uniforme.
  • Un créneau réservé aux femmes n’est légal que s’il respecte 3 conditions cumulatives : objectif légitime, nécessité, proportionnalité (Code pénal, art. 225-3 ; directive 2004/113/CE).
  • Un espace dédié existe dans une partie des clubs Fitness Park.

Pourquoi une partie des femmes ne veut plus s’entraîner à côté des hommes

Selon la même étude Insee, l’écart de pratique est plus marqué chez les jeunes : chez les 16-24 ans, 50 % des femmes pratiquent au moins occasionnellement un sport contre 63 % des hommes, et seulement 33 % des femmes de cette tranche d’âge s’y adonnent chaque semaine contre 45 % des hommes. Fait notable, qui invite à ne pas généraliser trop vite : cet écart s’inverse après 50 ans, où les femmes (48 %) dépassent légèrement les hommes du même âge (46 %) en pratique annuelle.

Un sondage mené fin août 2025 auprès d’un panel de 2 000 femmes françaises apporte un éclairage complémentaire sur le ressenti des pratiquantes en salle. Le regard des autres y ressort comme un frein réel : 60 % des femmes interrogées reconnaissent qu’il a déjà constitué un obstacle pour aller en salle, dont 27 % citent spécifiquement le regard masculin et 25 % un regard mixte. 30 % jugent l’ambiance d’une salle « intimidante ou hostile » — une proportion qui grimpe à 37 % chez les 18-24 ans — quand 42 % la trouvent au contraire « très » ou « plutôt » accueillante.

Les stratégies déjà mises en place par les pratiquantes elles-mêmes

En attendant que l’offre évolue, beaucoup s’organisent seules : toujours selon ce sondage, 48 % des femmes interrogées déclarent déjà éviter les heures d’affluence, et 10 % choisissent directement une salle ou un créneau moins fréquenté par les hommes — une stratégie qui n’est finalement pas si éloignée de ce que proposent, ailleurs, les créneaux dédiés.

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Ce que proposent déjà certaines salles

Sur le terrain, plusieurs villes ont vu apparaître, ces dernières années, des clubs ou des espaces pensés uniquement pour les femmes. À Caen, Lady Fitness est ouvert depuis 22 ans — soit vers 2003-2004 — et compte entre 500 et 600 adhérentes ; le club, dirigé par Corinne Fleury, propose des cours adaptés ainsi que des services complémentaires comme des massages, de la coiffure ou de l’ostéopathie. À Alençon, dans l’Orne, FF Studio a ouvert le 19 septembre 2022 : sa gérante, Fatima Fanouillet, a investi plus de 250 000 € pour proposer du renforcement musculaire, du fitness, du stretching et de la zumba, avec un projet d’installation de machines de musculation à horizon trois ans. À Petit-Quevilly, l’espace femmes de la salle L’Arène existe depuis 2019 : 400 m² équipés de machines guidées et de cardio.

À Lyon, Sisters’ Gym propose de son côté un espace « conçu exclusivement pour les femmes », au 101 rue Garibaldi, accessible par les stations de métro A Masséna ou B Part-Dieu ; le site de l’établissement présente quatre coachs par leur prénom (Diane, Lisa, Lola, Cléo), sans indiquer de date d’ouverture ni de nom de fondatrice.

Un dispositif partiel chez les grandes enseignes

Chez les enseignes nationales, le dispositif reste inégal. Fitness Park propose un « Espace Femme » dans une partie de ses clubs — un cadre décrit par l’enseigne elle-même comme plus intime, avec du cardio, de la poulie et des équipements de musculation ciblés. Tous les clubs de l’enseigne n’en sont pas équipés.

Un marché qui n’avance pas en ligne droite

Le mouvement n’est pas uniformément croissant. Dans le même secteur, des fermetures ont aussi eu lieu : Curves à Petit-Quevilly et à Hérouville-Saint-Clair, Lady Fitness à Rouen, Lady Mooving à Bayeux. Le segment des salles et espaces exclusivement féminins existe donc, et se maintient par endroits, mais il connaît autant d’ouvertures que de fermetures — pas une expansion continue.

Ce que dit la loi sur les créneaux réservés aux femmes

Réserver un service — un créneau de sport, par exemple — aux femmes est en principe interdit : le Code pénal sanctionne la discrimination fondée sur le sexe dans l’accès à un service, avec des peines pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende pour une personne physique. Mais ce principe connaît une exception, prévue par l’article 225-3 du Code pénal et rappelée par le considérant 16 de la directive européenne 2004/113/CE.

Les trois conditions qui rendent un créneau non-mixte licite

Pour être licite, un créneau réservé aux femmes doit réunir trois critères, de façon cumulative : un objectif légitime — protéger la vie privée ou la décence, promouvoir l’égalité, exercer une liberté d’association ; une nécessité réelle — la non-mixité doit être indispensable pour atteindre cet objectif, pas un simple confort ; et une proportionnalité — la restriction doit rester mesurée. Aucune de ces trois conditions ne peut remplacer les deux autres : un « objectif légitime » sans nécessité démontrée, ou une restriction disproportionnée, ne suffit pas à rendre un créneau non-mixte légal.

Pourquoi un créneau horaire est recommandé plutôt qu’une exclusion permanente

C’est précisément sur ce dernier point qu’un créneau horaire réservé est recommandé plutôt qu’une exclusion totale et permanente des hommes de l’établissement : la restriction reste ainsi limitée dans le temps, ce qui répond mieux à l’exigence de proportionnalité. Le Défenseur des droits est d’ailleurs allé dans ce sens : dans une décision du 27 décembre 2018, il a considéré qu’une différence de traitement entre hommes et femmes dans l’accès au sport était susceptible de constituer une discrimination fondée sur le sexe, à défaut d’être objectivement justifiée. Ce n’est pas une interdiction générale des créneaux féminins, mais un rappel que la justification — les trois critères ci-dessus — doit être réelle et démontrable, et non un simple argument commercial.

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Manon Leroy
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Rédactrice · actualités, culture, société

Manon couvre divers sujets allant des actualités aux tendances culturelles. Elle s'assure de la véracité des informations en croisant plusieurs sources avant publication.

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